Retrouvailles [Pont Allenby]
Retrouvailles sont un lieu,
un arbre près d’un lit.
Retrouvailles sont un lieu,
qui toujours change mais jamais
ne bouge.
Retrouvailles sont un lieu,
un salon où elle est
assise.
Retrouvailles sont un lieu,
où le souvenir de l’eau est si vivace qu’on croirait
qu’elle est toujours là.
Retrouvailles sont un lieu sous
l’amandier devant
la vieille maison un frais
soir d’été.
Retrouvailles sont quand le vent souffle ainsi,
ou quand le désir nous agite
familièrement ou
quand
une harpe
soudainement
fait advenir
l’autre vie.
Retrouvailles sont
l’eau quand elle est vive
le vent quand il se lève
le soleil, juste avant ou après.
Retrouvailles sont
un éclat fugace
dans l’église,
un écho de lumière
dans le champ,
un silence
dans le vacarme.
Retrouvailles sont les bras, les mains, les
commissures,
les cheveux,
malgré tout.
Retrouvailles sont l’éclat de rire
incontrôlable
lors de la veillée aux morts.
Retrouvailles sont
la malice, rapide, vivace, vivante,
et la joie
calme, lente, qui met trois jours à se dérouler
et un instant pour se résorber,
et le temps
d’être assis ensemble sans rien dire,
chacun occupé à être de son côté
mais ensemble.
Retrouvailles sont un lieu
où les absents vivent
en nous
dans un geste ou
parfois
une respiration et
on sait qu’ils sont là car
nous sommes devenus eux comme d’autres
après nous
seront nous.
Retrouvailles sont
se prosterner vers l’est
quand à l’ouest le vent se lève.
Retrouvailles sont traverser le Jourdain, à l’aube,
traverser le Jourdain, au crépuscule,
traverser le Jourdain, la nuit,
traverser le Jourdain, sec,
le Jourdain, torrentiel,
le Jourdain, au déluge, le Jourdain
à la sécheresse,
c’est
le ciel qui poudroie de rose
juste après le Jourdain, qui est
la frontière du ciel, qui sépare
ce ciel-là (le vrai, le seul) de
tous les autres ciels qui sont
des contrefaçons,
traverser le Jourdain à l’aube, au crépuscule, la nuit, le jour,
traverser le torrent et le déluge
pour aller vers le seul ciel.
Retrouvailles sont
un lieu.


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