Ceux qui soutiennent aujourd’hui ce vieil adage se gardent bien d’ajouter qu’avec seulement de mauvaises intentions ou de mauvais sentiments on ne fait pas de bonne littérature non plus. Moins encore de nos jours, béatement attentifs aux serial killers, aux violeurs, aux escrocs, aux voleurs, aux corrompus, aux traitres, aux sadiques et aux délateurs, où une grande partie du roman mondial de cette fin de siècle sera vue, j’en ai peur, comme la contrepartie routinière des anciennes « vies de saints ». Faire le portrait d’un scélérat ou raconter des horreurs n’est pas mauvais comme exercice pour débutants de très bas niveau : rien n’est aussi facile que de narrer des atrocités sur un ton neutre ou de dessiner des personnages simples, déjà esquissés par leur écrasante condition d’ »individus sans scrupules »; on s’appuie sur un modèle et la moitié du travail est faite avant d’écrire la première ligne.
(à propos de Faulkner) Une de ses activités préférées étaient de regarder les arbres : « J’aime le silence, les chevaux et les arbres. » A Paris, pourtant, il se promenait en évitant la chute des marrons en automne, depuis que l’un d’eux avait fait un trou intolérable dans le journal qu’il était en train de lire. C’est dans cette ville qu’on lui demanda pourquoi ses livres ne parlaient que rarement d’amour . Il répondit : « C’est un thème trop important pour être évoqué dans un livre. Il a besoin du secret. »

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