Pour tenir à un monde que nous avons oublié, nous, les habitants de cette terre saturée de fictions, il nous faut traduire : autrement dit, remettre de la tension entre nos codes et l’ensemble des formes de vie. Comme le traducteur veille à bien entendre les voix dont il a la charge, nous devons veiller à ce que nos encodages ne trahissent plus la vie au point de l’anéantir. La tâche qui nous incombe est tout entière dans ce devoir de reliaison entre les mots et les choses, les nombres et les noms, entre les encodages et les vies. Du jour où nous entrons dans toute l’épaisseur sémiotique de nos habitations fictionnelles – dans la forteresse, au-dessus du ravin, sous le ciel qui menace – nous nous retrouvons, de fait, loin de la nature. Mais si nous nous plaçons au lieu de la traduction, entre le ravin, le ciel et les fortifications, si nous adoptons la perspective du traducteur, alors nous contribuons à récrire une histoire de liens.

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