os : où je me relie aux squelettes d'autres vivants/racines : où je déploie mes propres traces vivantes

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J. R. R. Tolkien – Faërie

L’association des enfants aux contes de fées, est, à vrai dire, un accident de notre histoire domestique. Dans le monde lettré moderne, les contes de fées ont été relégués à la chambre d’enfants, comme on relègue à la salle de jeux les meubles médiocres ou démodés, principalement du fait que les adultes n’en veulent pas et qu’il leur est égal qu’ils soient maltraités.

Demander quelle est l’origine de contes (quelle qu’en soit la qualification), c’est demander quelle est l’origine du langage et de la pensée.

C’est dans les contes que j’ai pressenti pour la première fois la puissance des mots et le miracle des choses, de la pierre, du bois, du fer ; des arbres, de l’herbe ; de la maison et du feu ; du pain et du vin.

La Fantaisie est une activité humaine naturelle. Elle ne détruit certainement pas la Raison, non plus qu’elle n’y insulte ; et elle n’émousse pas non plus l’appétit, ni n’obscurcit la perception de la vérité scientifique. Au contraire. Plus la raison est aiguë et claire, meilleure sera la fantaisie qu’elle créera.

En Faërie, il commença par se promener la plupart du temps parmi les gens simples et les animaux les plus doux dans les bois et les prairies de belles vallées, ou auprès des eaux brillantes dans lesquelles, la nuit, luisaient d’étranges étoiles et, à l’aube, se reflétaient les cimes miroitantes de lointaines montagnes. Il consacrait quelques unes de ses visites plus brèves à la contemplation d’un seul arbre ou d’une seule fleur ; mais plus tard, au cours de voyages plus longs, il avait vu des choses aussi belles que terribles, dont il n’avait pas un souvenir très net et qu’il ne pouvait relater aux siens, tout en sachant qu’elles demeuraient au plus profond de son cœur. Mais il en était certaines autres qu’il n’oubliait pas, et il les conservait en tête comme des merveilles et des mystères qu’il se plaisait à évoquer.

Les recueils de contes de fées sont, en fait, par nature des greniers et des chambres de débarras et, seulement par un usage temporaire et local, des salles de jeux. Le contenu en est en désordre et souvent délabré; c’est un pêle-mêle de dates, buts et goûts divers; mais on peut occasionnellement trouver dans ce fatras quelque chose d’une qualité permanente : une œuvre d’art ancienne, pas trop abîmée, que seule la stupidité aurait fourrée à l’écart.

« Surnaturel » est un mot dangereux et difficile dans toutes ses acceptions, des plus larges aux plus strictes. Mais on ne peut guère l’appliquer aux fées à moins de ne prendre le « sur » que pour un préfixe superlatif. Car c’est l’homme qui est, en contraste avec les fées, surnaturel (et souvent de très petite taille); alors qu’elles sont naturelles, beaucoup plus naturelles que lui. Tel est leur destin.

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