os : où je me relie aux squelettes d'autres vivants/racines : où je déploie mes propres traces vivantes

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Maria Tanase – Doina din Dolj

Écoutez, bonnes gens ! Écoutez !

Mes parents m’ont mariée

avec un gars fortuné,

mais si laid, mon Dieu ! si laid !

Écoutez-en encore une

Quand il venait à la brune,

je palissais comme la lune.

Mon sang se figeait d’horreur !

Mes yeux s’emplissaient de pleurs.

Jamais il ne me parlait,

c’est au chat seul qu’il causait.

Sa chemise quand je la lavais,

sur des ronces je la jetais,

à la bise je la séchais,

de mes poings je la lissais.

Et tout le jour j’y chantais:

« Mon mari, maudit sois-tu,

toi d’abord et tes écus,

car tu as fait mon malheur

et tu m’as brisé le cœur.

Et d’avoir tellement pleuré,

mon visage s’est tout ridé.

T’as eu la mauvaise idée

d’acheter l’épousée

comme on achète au marché

un petit cochon de lait.

Pourquoi n’avoir pas acheté

de la corde aux grains serrés,

de la corde au chanvre fin

pour te pendre haut et bien ?

Et alors ? Eh bien voici qui

qu’ j’aurais pris pour mari

le plus beau gars, le plus doux

même, même s’il n’avait pas le sou.

Quand il viendrait à la brune,

moi heureuse, comme pas une heure

je sentirai dans mon cœur

la joie grandir comme une fleur.

Sa chemise, je l’aurais lavée

au petit jour dans la rosée.

Mon souffle l’aurait séchée

et mes cils l’auraient lissée.

De fleurs j’l’aurais parfumée.»

Voilà ce que j’y chantais

et croyez-le, si vous voulez,

j’y’ai aussi tellement chanté,

qu’à la fin c’est ce qu’il a fait:

tout a coup, un beau jour,

il s’est pendu haut et court.

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