os : où je me relie aux squelettes d'autres vivants/racines : où je déploie mes propres traces vivantes

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Annie Le Brun – Les châteaux de la subversion

Tel serait le dernier avatar d’un obscur projet, fomenté sans doute aux alentours de l’après-guerre par les forces les plus diverses, voire antagonistes, pour imposer une vision réaliste ( à tous les sens du terme) de l’homme et du monde. Commandée par cette sinistre réaction de pion ou de bureaucrate à la turbulence, à l’insolence, à la folie de l’entre-deux-guerres, la vie intellectuelle et sensible, à quelques glorieuses exceptions près, a activement travaillé dans ce sens : de l’existentialisme au structuralisme en passant par le réalisme socialiste et l’hyperréalisme, on pourrait retrouver les moments déterminants de cette sourde et progressive mainmise du réalisme sur l’imaginaire. Tant et si bien que notre marge de manœuvre est aujourd’hui des plus restreintes. Nous voilà le dos au mur et le front contre le réel. Savons-nous encore trouver des passages imaginaire vers les espaces improbables que nous habitons?

Et pourtant, horizons nouveaux, paysages fantasmatiques, objets imaginaires, peu importe la dénomination, il n’est pas d’être qui n’y ait cherché et trouvé, enfant ou plus tard, la source de sa respirations mentale. Les objets imaginaires sont nécessaire à notre survie. Seulement, leur secret de fabrication commence justement à se perdre, sans que nous nous rendions vraiment compte, dans l’éblouissement de l’instant, la vitesse des circuits, l’inflation des images. A cet égard, du passé comme de l’avenir nous n’avons rien à attendre. Il est grand temps de regarder du côté de l’inactualité, là où se fait l’éternelle jeunesse de nos désirs. Alors, comment ne pas être fasciné par une époque qui, au milieu de la tempête révolutionnaire, a su placer, en obstacles incontournables aux carrefours de ses idées-forces, ses enjeux imaginaires? Gigantesque machine à faire le silence dans le brouhaha idéologique du XVIIIe siècle, le château du roman noir est un des rares monuments historiques à visiter d’urgence. Car il est d’une brûlante inactualité.

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