os : où je me relie aux squelettes d'autres vivants/racines : où je déploie mes propres traces vivantes

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Géant rouge du Rhin

« T’as du sang sur les mains, fillette.
T’as du sang dans les reins.
Tu croiseras le chemin, fillette,
Du géant rouge du Rhin. »

Je leur ai jamais dit, ce que je cherchais dans la nuit.
Une grande peur, à me dévorer cuite et crue.
Une grande peur à me dépaupiériser.
Une peur comme un tronçon d’autoroute qui s’engage dans la nuit sous-marine.

C’était pas des choses à faire, à dire.
S’en aller dehors.
Puis, partout, on était dedans.
C’est ça, l’affolement, le glacement.

Je rêvais d’une rencontre.
Un contre quoi me révéler.

On disait, autrefois, une grande figure écorchée, carne à vif, erre, et attend les enfants décadents pour un sabbat de sous-bois.
On y libère vos tares sous la peau cachée, les ailes et les cornes, vos sabots honteux.
Ce pays hors du monde était ma terre de retrouvaille, ma Youkali sans cesse chantée.

Une grand-mère, aveugle mais pas sourde, criait comme une chèvre : « Arrête avec ton Youkali, viens ici, on va tuer le veau. »
Et on tuait le veau, tous ensemble, et moi aussi, et il levait au ciel des yeux tristes et résignés. Et puis on le mangeait.
Je gardais le sang dans un petit pot, pot de terre gravé à mon nom.
Et la nuit, badigeonnée de sang, petit corps nu vêtu de ça, je courais à grands bonds en dans la clairière en hurlant : « Viens à moi, homme du Rhin. Viens à moi. Sinon la grand-mère me mangera… ».

Je faisais beaucoup d’efforts, mais bien en vain.
Le matin, on me trouvait là.
On m’interdisait tout.
Surtout le ciel, et l’air. Couchée à terre sur la moquette empoussiérée, d’une chambre aux volets fermés.
J’imaginais cet autre-là, sans maison du tout, pas question, pas de maison.
Même pas un lieu où revenir.
Sûrement, il venait d’un néant blanc, où rien ne distrait le regard tourné en dedans.

©CatherinePierloz2014

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